L'important c'est le voyage, pas la destination

jeudi, novembre 19, 2009

Écosse - Troisième semaine de quatre.

13/07
Kirkwall - 50 km / 938 km.
Avec la chambre, vient le déjeuner. À moitié buffet, à moitié service aux tables, le cycliste est content, car il va manger comme un ogre. Après 4 bols de céréales, j'attaque mon assiette principale et goûte enfin au haggis. Hum, pas mauvais. Ça me rappelle les cretons de mon grand-père, avec quelques herbes. Ça ne me fera pas abandonner mon végétarisme, mais l'expérience ne fut pas désagréable. À titre de rappel, le haggis est un plat typiquement écossais, soit une panse de moutons farcie d'un hachis d'abats.

Tout près, nous prenons un autre traversier pour débarquer à Stromness, peut-être la ville la plus charmante de notre voyage.
Son architecture de 17e siècle, son aménagement labyrinthique, la vue sur la mer et sa valeur historique en fait un incontournable. Un intérêt pour le Canadien: c'est de là qu'embarquaient les Écossais s'étant engagés dans la Compagnie de la Baie d'Hudson.

Ce n'est pourtant qu'un avant-goût des merveilles qui nous attendent aujourd'hui, sans compter qu'il fera beau toute la journée!

Skara Brae, notre première visite extraordinaire de la journée
, est un village néolithique de 5000 ans excessivement bien conservé. Les constructions de pierre présentent des lits, des sièges, des foyers en de petites habitations reliées entre elles par des tunnels. Plus anciens que les pyramides d’Égypte, c'est un véritable voyage temporel qui nous est offert. Avec un peu d'imagination, on peut pratiquement voir de très, très lointains ancêtres se voisiner, cuisiner, discuter autour du feu. J'en suis sans voix!

Quelques kilomètres à pédaler où je suis encore un peu en -3000 et apparaît l'anneau de Brodgar. Un cercle de plus de 100 mètres de diamètre composé de 27 imposants mégalithes réalisé voilà plus de 4000 ans. Pourquoi? Comment? Personne ne peut vraiment répondre à ces élémentaires questions. Et pourtant, l'accès au site étant total, on ne peut que constater l'impensable. Alain et moi y déambulons hypnotisés, dominés par les monuments.

Tout près se dressent les Stenness Standing Stones. 4 pierres érigées voilà la bagatelle de 5000 ans. Ah, on savait s'amuser à cette époque! Bon, de grosses roches dans un champ, me semble que c'est un spectacle pour le moins inintéressant seriez vous tenter de croire. Bon, mettons que c'est comme dire que la Joconde n'est qu'une peinture. Si, si.

À l'image des réclames publicitaires, je peux ajouter
"Et ce n'est pas tout". Quelques tours de roue et c'est Maeshowe. Une sépulture de la même période que les précédentes réalisations. Un prodige d'architecture, l'ensemble ayant triomphé des millénaires sans souffrir. Orienté pour que les rayons solaires pénètrent complètement le tunnel principal, elle a malheureusement subi le pillage des Vikings au XIIe siècle puis celui de victoriens incultes. En échange, on y retrouve un formidable assortiment de graffitis... runiques! Féru d'histoire scandinave, je suis très ému de voir pour la première fois de véritables écrits vikings. L'un de mes plus beaux moments du voyage.

La journée se terminera par une courte visite de la majestueuse cathédrale de St-Magnus. À quelque part, un autre ensemble de pierres ;-).


14/07
Dunbeath - à peu près 100 km / 1038 km.
Puisque je suis au bout du monde, il me semble que c'est le moment pour rapporter un souvenir intéressant à la personne aimée. L'atelier des bijoux Sheila Fleet n'étant pas très loin, nous y allons. Il y a là de beaux trésors à des prix, euh peu nord-américains. Mais quand on aime, on ne compte pas. Il me faut tout de même un peu de temps pour dénicher la perle rare. Une fois bien soulagé de mes £, nous repartons sous la pluie, avec quelqu'un peu d'entrain. Nous avons plusieurs dizaines de kilomètres à parcourir en 90 minutes, sinon nous manquerons le traversier pour John'o'Groat! Le rythme est soutenu, je me concentre sur l'effort et alors que nous arrivons au quai, le bateau accoste. Hourra! Alors que des centaines de plaisanciers en débarquent, nous sommes les seuls à monter à bord. On étale donc nos effets pour nous faire croire qu'ils peuvent sécher…

Une fois à destination, la faim nous tiraille.
Une soupe et un scone sont engloutis dans le puits sans fond que je suis devenu. La pluie ne cesse pas cependant. En fait, il a tellement plu que nos cyclomètres respectifs ont tous deux cessé de fonctionner. Une fois à Wick, nous arrêtons à la bibliothèque municipale pour réaliser notre correspondance électronique. Retour sur la route, les nuages épuisent leur réserve et alors que nous changeons de vêtements, j'aperçois une rare créature, soit un chat sauvage. Quelle chance!

En soirée, nous allons vivre un moment typiquement écossais au pub du coin. La table de billard inutilisée nous permet de déplier nos cartes et reviser notre itinéraire. Nous sommes maintenant pratiquement sûrs de pouvoir atteindre Edimburg à temps. Un whisky pour célébrer!

15/07
Fortrose - 118 km / 1156 km.
Le soleil nous réveille et nous tiendra compagnie une bonne partie de la journée. Une belle découverte aujourd'hui, le broch Carn Liath. Alors qu'il n'était mentionné ni dans mon guide de voyage, ni sur aucune de nos cartes, il s'agit tout de même des restes d'une grande tour de 2000 ans. Le château Dunrobin nous attire moins, un passage à l'extérieur sera suffisant. De la route, nous voyons des phoques bénéficier eux aussi du soleil sur une belle plage. Dornoch Cathedral, puis l'habituelle pluie qui reprend... Décidément, l'adage est vrai, quand il ne pleut pas en Écosse, c'est qu'il va pleuvoir. Désireux d'épargner quelques kilomètres, mais aussi de passer par une route moins achalandée, nous décidons d'aller prendre le traversier. Une fois au quai, c'est avec désolation que nous constatons qu'une affiche indique qu'aujourd'hui, en raison de la météo ou de problèmes techniques, il n'y a pas de service. Oh non, c'est 30 kilomètres de perdus! Un automobiliste nous rejoint, lit l'affiche et repart, nous laissant seuls avec notre tristesse. Je me dis que nous pourrions camper ici et espérer que le bateau soit à nouveau fonctionnel demain. Je refuse de quitter pour le moment. Alors que nous sommes perdus dans nos réflexions, au loin, un navire apparaît. Il a la silhouette d'un traversier. Hum, l'espoir naît. Ça semble être le bon bateau. Pourra-t-il nous embarquer? Il accoste, un marin en descend, retire l'affiche et nos soucis par le fait même. Ils sont contents les cyclistes! La pluie reprendra, mais ça n'affectera pas notre bonne humeur.
16/07
À 10 kilomètres de Cawdor - 60 km / 1216 km.
Inverness ne semble pas très intéressante. On y trouve par contre de tout, dont du carburant pour le réchaud.
De là, nous allons au site de la bataille de Culloden où un centre d'interprétation neuf, très bien aménagé, permet de tout savoir sur cette importante bataille. En gros, les Écossais ont y subi une défaite majeure, suivie d'un massacre et de longues représailles incluant meurtres, viols et vente d'Écossais comme esclaves. Bref, l'horreur.

Tant qu'à être dans le lugubre, nous allons visiter le château de Cawdor. Celui-là même du Macbeth de Shakespeare. Récit fictif certes, mais château bien réel. Quelle ambiance!

Tout ceci étant un peu lourd, une bière à la réputée Cawdor Tavern est appréciée. Une autre soupe, un autre camping. Zzz...


17/07
Blair Atholl - 132 km / 1348 km.
Au matin, il pleut à torrent. Nous déjeunons à moitié dans la tente, à moitié sous notre auvent respectif, tout en espérant une éclaircie qui ne viendra jamais. Nous ramassons notre grabat et partons sous le déluge. Après 20 kilomètres, il me semble opportun de faire ma première crevaison. Comme quoi, une journée pourrie peut toujours devenir pire. Mon pneu arrière est percé, sufisament pour j'ai à le réparer en plus de la chambre à air. Magnanime, la nature est compréhensive et cesse sa pluie. Ma pompe ne me permettant que de mettre la moitié de la pression nécessaire, je repars avec un vélo qui me tire les mollets. Dans ce pays où les station-services sont rares, je roulerai ainsi assez longtemps avant de pouvoir regonfler adéquatement. La pluie a bien sûr repris et nous arrêtons à Carbridge pour une soupe et un déjeuner végé (non mais, j'ai appris). Après le repas, la pluie cesse et nous en profitons pour faire sécher la tente. Une épicerie et nous repartons. Cette fois-ci, le vent nous souffle dans le dos, je propose donc que nous en profitions au maximum pour réaliser une bon parcours. La route A9 est non seulement facile, mais nous accorde une très longue descente, nous permettant de réaliser notre plus longue distance parcourue. Allez donc savoir pourquoi, je suis un peu fatigué... Peut-être devrais-je faire du sport?

18/07
Perth - 63 km / 1411 km.
Le réveil est plutôt difficile. Avec la longue journée d'hier, nous sommes allés au lit tard alors la nuit fut courte. Visite du magnifique château de Blair Atholl et de ses tout aussi splendides jardins. Puis, la Dunkeld Cathedral. Final à Perth ou je trouve avec joie l'une de mes plus appréciées "cochonneries" du voyage: "Famous original Selkirk Bannock". Premier ingrédient: raisins secs. Deuxième ingrédient: beurre. Un peu de farine et c'est à peu près tout. C'est gras et sucré. Maudit que c'est bon! Un parfait petit goûter. Je ne le recommande cependant pas à qui veut perdre du poids, car il me semble quelque peu calorifique ;-)

19/07
Stirling - 77 km / 1488 km.
Passage rapide au Scone Palace. C'est beau, c'est gros, mais voilà, il nous semble que nous avons mieux à faire. En fait, c'est un autre château qui nous intéresse soit Doune Castle, siège du film "Monthy Python's Holy Grail" dont nous sommes de grands admirateurs. La bâtiment est l'un des mieux conservés en Écosse et la visite est agrémentée par une présentation tout monthypytonesque. Nous voilà ravis! Un chouette moment aussi instructif que divertissant.

Nous terminerons la journée à Stirling où nous prendrons, ô luxe, 2 nuits dans une auberge de jeunesse. Un repas de poisson et une fouille dans la vidéothèque locale nous accorde le visionnement de, vous l'aurez deviné, "Monthy Python's Holy Grail" ;-) Vous ai-je dis que nous aimions?

3 Comments:

  • Magnifiques photos tout comme le récit.

    By Blogger gaétan, at 9:13 p.m.  

  • Oh la la, la belle écriture. Merci aussi pour la belle pensée ;))

    By Blogger Michou, at 11:44 a.m.  

  • Oah. C'est chez Gaétan que je vous ai trouvé. Je ne suis donc pas le dernier à rouler cette saison !? Ça me rassure au possible. Presque tous les autres sont rentrés à la maison.

    By Blogger É., at 3:14 a.m.  

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